Histoire des échecs.

Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /Juil /2008 20:27
Me voilà au Marshall Chess Club, posant, avec une classe naturelle, au côté de Jaan Ehlvest, 4 fois champion du club et qui fut, à la fin des années 80, dans le TOP 5 Mondial.
Disponible, le grand-maître estonien m'avoua n'avoir jamais trop joué en France, sauf quelques parties pour l'équipe de Montpellier, au début des années 90, à cause de son français défaillant. Aujourd'hui entre Londres et New-York, il continue sa carrière échiquéenne en petit père tranquille, loin des super-tournois qu'il a connus à la fin des années 80, gagnant, l'année dernière, le Liberty Bell
à Philadelphie.
Initié très tôt par des parents physiciens, le jeune Jaan fut très vite repéré pour son talent et intégra la célèbre Ecole Botvinnik, en URSS, qui formait la future élite échiquéenne. De la même génération que Kasparov, le jeune Ehlvest rencontra quelques fois le futur "Ogre de Bakou", dans les compétitions Jeunes, notamment à Moscou, en 1977.

Ehlvest vient de sacrifier la qualité en jouant 39.Tb7 x g7  TxTg7  40.Ff6 ?
Vous avez trouvé ?
clouant la Tour en g7 ...Mais l'azeri va, lui aussi, illustrer le thème du clouage entraînant l'abandon immédiat de l'estonien.









D'ailleurs, le futur champion du Monde, fut un peu la bête noire de l'estonien puisque sur 13 rencontres, le score sera sans appel en faveur de Garri, +8, 5 nulles, -0 !!

En 1982, il devint champion d'Europe Junior, à Groningue, obtenant le titre de Maître International.
1987 sera l'année de la consécration, finissant 3eme du 54eme championnat d'URSS, il finira second de l'
Interzonal de Zagreb, derrière l'inoxydable Viktor Korchnoi, mais devant des pointures comme Nogueiras, Torre ou Poulougaievsky.



Inkiov vient de jouer 41.Td3, quelle fut la réponse d'Ehlvest ?











Sa victoire à Vrsac parachèvera cette année exceptionnelle, le n°1 du tournoi, le bulgare Kiril Georgiev fut lui aussi emporté par l'ouragan estonien.




Le bulgare vient de jouer son Roi en f6 ... l'estonien répondit ...









Mais à Saint-John, en 1988, le rêve mondial d'Ehlvest se fracassa sur le jeu inspiré d'Arthur Youssoupov, autre surdoué des échecs soviétiques. Il n'empêche que le joueur estonien, fort de ses bons résultats, fut invité dans la cour des grands, dans les super-tournois de l'époque.
3eme  lors de la World Cup, à Belfort, en 1988, derrière le célèbre duo des 2 K, Jaan montrait que son quart de finale des Candidats n'était pas usurpé, Ulf Andersson pouvait en témoigner !



Andersson vient de jouer son Roi en h8, pouvez-vous trouver la réponse du joueur estonien qui va provoquer l'abandon du suédois ?









Il confirmera à Reykjavik, en 1988, terminant 4eme derrière Kasparov, le bosniaque Pedrag Nikolic s'en souvient encore !



Les blancs ont le trait et matent en 4 !












L'année 1989 fut du même acabit, avec des résultats honorables, dans la forte World Cup. Après un passage en France, lors du fort tournoi de Clermont-Ferrand,






(Quel est le 41eme coup des blancs qui fera rendre les armes à Andreï Sokolov ?)








sa victoire au célèbre tournoi de
Reggio Emilia, devant Karpov et Ivanchuk fut le sommet de sa carrière. Voici une partie contre l'américain Nick de Firmian , qui souligne bien la maîtrise de la Sicilienne Scheveningue part de l'estonien :




Comme le soulignera Elvhest dans son dernier livre, The story of a chess player,















cette période de 88 à 89, fut son sommet échiquéen, puisqu'il il entra dans le Top 5 mondial !

Depuis Jaan, diplômé en psychologie, n'a plus retrouvé cette forme olympique, mais continue son petit bonhomme de chemin, en jouant des tournois et des opens moins prestigieux. Il gagna le tournoi fermé de Novosibirk, en 1993, celui de Villa Martelli, en 1997, devant Tkachiev et Sutovsky, et il se permit, lors du championnat du Monde Fide à New Delhi, en 2000, de passer 3 tours et de sortir Ivanchuk !!
Cette partie tourne autour du contrôle de la case c4, preuve que le jeu de l'estonien ne se résume pas à des joutes tactiques :



Ehlvest tombera en quart de finale contre le jeune Grischuk.
L'année suivant, en 2001, au championnat du Monde à Moscou, l'estonien réitèrera une bonne performance, en sortant, au 1er tour, Teimour Radjabov, puis Campora et Smirin avant de tomber sur Bareev.
Depuis lors, le joueur estonien écume surtout les tournois américains, remportant quelques opens, et a perdu, assez sèchement, en 2007, un match contre le programme Rybka.

Bonne continuation, Jaan !


Par Giraud Thierry - Publié dans : Histoire des échecs.
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Mercredi 23 juillet 2008 3 23 /07 /Juil /2008 20:11



































Mon périple new-yorkais m'a amené à m'intéresser à la pratique échiquéenne dans Big Apple.Les blitz endiablés dans les parcs newyorkais sont connus de tous, de Central Park jusqu'à Union Square, en passant par Washington Square. Je me suis bien sûr amusé  à défier quelques pousseurs de bois, près de l'Université de New-York, dans le quartier de Greenwich Village, entre Broadway et la 6eme avenue.  L'american blitzeur vous hèle pour que vous vous asseyez à sa table, et vous propose un blitz pour 5 $. Mon adversaire du jour ne devait pas être très fort puisque je l'ai battu assez aisément par deux fois ! Grand prince j'ai refusé de le détrousser de 10 $.













Assez surpris que ces joueurs parient de l'argent contre des inconnus, mais, apparemment, d'après ce que m'a dit un français rencontré dans le coin, ces forçats de l'échiquier paient rarement lorsqu'ils perdent, ce qui pourrait expliquer leur célérité à vouloir miser des $ qu'ils ne sortiront pas ! Et je vois mal un Chess Tourist demander le paiement sur le champ de sa mise, face à un aéropage d'habitués attendant le Chess Pigeonnus Touristicus.

Nous nous rendons ensuite au mythique
Marshall Chess Club, au 23 West, 10eme St, dans un immeuble cossu de Greenwich. Ouvert par Frank Marshall, en 1915, il a vu passer des joueurs comme Larry Evans, le très prolifique écrivain échiquéen Andy Soltis, Anthony Santasiere ou Hikaru Nakamura. Stanley Kubrick a aussi poussé du bois dans la noble institution.
Notre Marshall Chess Tour m'a permis de rencontrer Jaan Ehlvest, fort GM estonien qui, par 4 fois, a gagné le championnat du Marshall Chess Club.









Très sympathique, nous avons un peu parlé des échecs en Europe, Ehlvest m'avouant que ne parlant pas un mot de français, il a rarement joué dans notre Ligue 1, sauf pour le club de Montpellier, au début des années 90.
Le clou de la visite restera la fameuse table sur laquelle joua Robert Fischer, lorsqu'il participa au
Memorial Capablanca, en 1965, par télétype.













(L'échiquier sur lequel Fischer affrontera ses adversaires du Memorial Capablanca par télétype.)









En effet, le Département américain, au vue des tensions avec Cuba, avait interdit à Fischer de se déplacer dans la capitale cubaine. Aussi, les organisateurs autorisèrent le joueur américain à jouer du Marshall Chess Club, un privilège du au talent de l'américain et une occasion inespérée de contourner l'embargo du gouvernement ricain ! Bobby, malgré tout, menaça de se retirer si Fidel Castro continuait à exploiter sa participation à des fins de propagande !
Premier vrai tournoi international depuis 3 ans,
Fischer finit 4eme, à un demi point du vainqueur, Valeri Smyslov.
C'est au cours de ce célèbre tournoi, que dans la fameuse variante du Pion empoisonné,  la cavalerie américaine, comme dans les westerns, sauva la mise de Bobby face au bulgare Tringov !


Faites un petit tour dans ce club mythique, moi je vous laisse, je retourne en voiture dans mes quartiers à Harlem !















Par Giraud Thierry - Publié dans : Histoire des échecs.
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